Scène de musiques actuelles
de territoire en ardèche

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Garden Partie, Artiste Associé 2020-2021

CARNET DE ROUTE # 2 | Annonay, février 2021

crédit photos : mathieu vonderweidt


Cher.e ami.e,

je t’écris depuis chez moi. ça fait longtemps que je veux te donner des nouvelles. Combien de temps au juste, je ne sais pas trop, le temps lui même se joue des vilains tours en ce moment, poursuivant son mouvement perpétuel dans un monde à l’arrêt. Le mien, en tout cas, l’est toujours. Il y en a qui s’agitent, bien sûr, qui voudraient nous faire croire que c’est reparti pour un tour, mais il n’y a qu’à regarder tout autour pour constater que nous vivons bancal, comme des marionnettes à qui il manquerait un ou deux fils. Ce qui nous manque le plus, je crois, ce sont des histoires partagées, des causes communes, des expériences collectives. Toutes choses qui fondent une société, qui scellent des destins et qui nourrissent l’espoir.

Cette parenthèse - et je rêve que cette période n’en soit qu’une, du chacun chez soi, écran interposé en permanence entre nous, me terrifie. Je suis un vieux con certainement, mais je n’aperçois nul horizon radieux quand nous nous résignons à lorgner à nos petites fenêtres numériques en espérant péniblement entendre de là le bruit du monde.

Comme beaucoup, je ne sais plus trop quoi penser de ce qui nous arrive. Comme beaucoup, je me demande comment nous allons pouvoir nous réparer de tout ça. Je hais cette idée de résilience avec laquelle on nous bassine à longueur de temps épidémique, elle nous donne une sacrée bonne excuse pour poursuivre nos ébats dans le monde des dégâts, elle nous procure toutes sortes de raisons valables pour accepter notre sort en silence, avec cette foi de cul-béni que nous saurons nous reconstruire malgré tout. J’emmerde la résilience et tous les préceptes psychologiques qui louent la faculté humaine à la re-construction car ils éludent trop souvent notre talent universel pour la destruction. Je m’arrête là car je ne veux pas t’importuner davantage avec ces interjections obliques, et puis les toubibs le disent, la colère ne protège pas du virus. Je m’en vais plutôt fumer une cigarette en avalant de la vitamine c.

Il y a quelques temps, on est allé à Annonay pour écrire les chansons de notre prochain album. C’était en janvier, on se réveillait à peine de la nouvelle année et on ne savait toujours pas trop quoi se souhaiter. Mais à part ça le coeur y était, à écrire des mots et jouer de la musique, car il y avait tout un tas de gens qui passaient dans la salle. La presqu’île, elle s’appelle cette salle. On y a pris nos quartiers, ça ressemblait tout autant à un carré vip qu’à un camp de retranchés, avec cette sensation qu’on était alors un peu privilégiés de pouvoir passer nos journées sur scène. Au moment où je t’écris cela, je réalise que tu n'étais pas là et qu’il y avait bien quelque chose, comme une joie imparfaite qui m’habitait alors et que je dois à ton absence. Depuis combien de temps n’es-tu pas venu.e danser dans une salle de concert ? C’est comme le vélo paraît-il, ça ne s’oublie pas. 

Je ne t’oublie pas moi non plus, je jette sur le papier des phrases maladroites et brusques comme un pêcheur ses caisses sur la criée, et tout cela fera certainement des poèmes et des chansons à la peau tannée et à l’espoir coriace. Et si l’avenir n’a pas que de la gueule, alors dans quelques mois on viendra te les chanter sur scène. à bientôt. 


Pierre, Garden Partie, février 2021.


 

CARNET DE ROUTE # 1 | St Mélany, du 14 au 18 sept 2020

Il y a ces routes sur lesquelles on n’en mène pas large, et qui rétrécissent encore pour bien nous faire comprendre que là, il ne passe pas deux chars et que dans la vie il faut choisir. Petite soeur de La Drobie, la vallée de la Sueille nous enlace enfin et quand le bitume a craché ses derniers goudrons, on suit un petit sentier de terre qui frôle des toits de lauzes. Juste derrière, nous voilà arrivés ; on coupe le moteur et la vue s’occupe de notre souffle.

Il y a des figues qui tombent au sol et puis il y a Vincent qui les ramasse en nous accueillant. Vincent, il a acheté des murs en pierre il y quinze ans et aujourd’hui il y a des toits, 13 pentes de toits, des fenêtres et des portes souvent ouvertes, des salamandres au milieu des galets, des chambres qui donnent sur cour, des cours qui donnent envie de plonger le regard au loin et d’y perdre son temps, et puis il y a cette pièce, charpente en bois apparente, accueillante avec son piano dans l’angle et sa grande baie vitrée.

C’est là, dans ce minuscule pays de cocagne dont le nom se murmure, que nous débutons cette résidence d’une saison avec la SMAC 07. Magique !

Une chose est certaine, on va écrire des chansons ici. Merci et bisous la SMAC 07, le Murmure des Lauzes, la Curieuse, Label Folie

Garden Partie